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Monde: j’ai mal à mon Canada

POLITIQUE | INTERNATIONAL / gary.drechou@gmail.com

Les couacs diplomatico-médiatiques s’enchaînent et les Canadiens voient rouge.

Un sondage réalisé l’automne dernier pour l’Institut québécois des hautes études internationales de l’Université Laval et la Fondation Pierre Elliott Trudeau révélait que 51 % des Canadiens estiment que l’influence de leur pays dans les affaires mondiales a décliné ces dernières années.

Pire, les citoyens canadiens auraient le sentiment que la politique étrangère de leur pays n’a plus rien à voir avec leurs préoccupations réelles. En cause, aux dires des répondants? Plusieurs décisions controversées telles que la déportation des déserteurs de l’armée américaine exilés au Canada, le retrait du protocole de Kyoto, la traduction du canadien Omar Khadr devant la cour martiale américaine à Guantanamo, ou encore l’absence du premier ministre Stephen Harper à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Pékin. Des choix qui ne reflèteraient pas l’opinion de la majorité.

A l’étranger, les accusations d’«obstruction» à l’ONU lors des négociations sur la Déclaration des droits des peuples autochtones et l’accès à l’eau potable, l’incompréhension grandissante des Européens vis-à-vis de la chasse aux phoques, ou un récent article accablant du magazine National Geographic sur les effets de l’exploitation des gisements des sables bitumineux de l’Alberta, suffisent pour comprendre que les Canadiens ne sont plus, désormais, perçus comme les «gentils voisins des Américains».

«PRÊCHER PAR L’EXEMPLE»

Depuis l’an dernier, à l’initiative de Shauna Sylvester, de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, plus de 100 000 Canadiens (pour la plupart, de simples citoyens) et quelque 40 universités et organisations non gouvernementales ont donc accepté de «passer sur le divan».

Blogs, forums de discussions, sondages en ligne, rencontres, dialogues: la «thérapie de groupe» aura permis de confirmer le fossé existant entre la population et ses décideurs, mais aussi et surtout de définir une nouvelle vision du Canada et de son rôle dans le monde.

Le rapport tiré de l’expérience, remis aux autorités compétentes, identifie ainsi cinq grands secteurs dans lesquels les Canadiens souhaiteraient voir leur pays agir comme modèle à l’avenir: la croissance verte, l’inclusion dans la diversité, la bonne gouvernance, l’innovation (recherche et développement), et le développement humain. En outre, les participants de toutes les provinces et de tous les âges se sont entendus pour promouvoir une démarche en «trois C», alliant cohérence, collaboration (plutôt que compétition) et communauté.

Malheureusement, il semble que l’initiative laisse totalement de glace à Ottawa. Depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper, en 2006, le budget des Affaires étrangères a fondu de près de 20 %… Pas vraiment de quoi faire monter la sève, et rendre à la feuille d’érable ses couleurs.

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