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Festival international de la littérature 2008: du FIL à (re)tordre

ARTS | FESTIVALS / gary.drechou@gmail.com

Il fallait être, vendredi 19 septembre 2008, au Cabaret des Terrasses Saint-Sulpice pour le premier de la série des 5 à souhaits – les apéros poétiques du Festival international de la littérature (FIL).

Autrefois, «retordre du fil», c’était assembler en les torsadant deux ou trois brins d’un fil plus fin pour constituer un fil plus épais et plus résistant. Or, il semble que, contrairement au simple filage qui pouvait se faire presque sans y penser, obtenir un fil retors uniforme et à l’épaisseur à peu près régulière était un travail extrêmement difficile, entre autres en raison de l’inégalité des fils constituants (tiré du site internet d’Expressio – les expressions françaises décortiquées).

Assemblés au balcon ce jour-là: José Acquelin, Monique Proulx, Louis Hamelin & Dany Laferrière. Tous invités à «se mesurer à cette affirmation de Novalis: Plus c’est poétique, plus c’est réel.»

Premier intervenant, en Monsieur Loyal: José Acquelin, codirecteur artistique des apéros. En voilà un qu’on a envie de couper dans le texte. Poseur qui prose, ce monsieur que je ne connaissais pas (et qui a certainement beaucoup de qualités) a eu le don de me torsader les nerfs. Je pense sans trop savoir pourquoi à Jules Renard:

«Des vers, c’est de la prose avec des gants et des bretelles américaines; c’est de la prose qui pose, qui fait plastron comme un invité en soirée».

Sautons Dany Laferrière (j’y reviendrai), et passons directement au Champagne. Monique Proulx débute avec quelques poèmes de son choix, dont un de… nul autre que José Acquelin. Complaisance, quand tu nous tiens! Il paraît que le recueil sort bientôt: tout s’explique. Les bulles arrivent malgré tout, lorsque Madame Proulx, devenue lyrique, sans trac aucun, «performe» des passages de son livre. Flûte! N’embarquant pas dans son mousseux, je me noie dans ma pinte, redoutant la suite. Pschitt! En «exclusivité mondiale», ce fut le coming out ou la «déplacardisation poétique» (dixit Monsieur Loyal – il lui fera plaisir d’être cité) de Louis Hamelin. Le bonhomme m’a semblé sympathique. Il avait en tout cas suffisamment d’humour pour empêcher la fête de sombrer totalement. Reste que je n’ai pas aimé son texte: trop de mots, qui ont trop traîné partout. À l’usage de ce (beau) monde, je conseillerai de (re)lire Nicolas Bouvier pour méditer sur ce qu’il nomme la « douane du silence ».

L’envie de sabrer aidant, j’aurais donc probablement viré conservateur d’un soir s’il n’y avait eu Dany Laferrière. Un écrivain (japonais) qui a le trac. Un homme qui tremble. Gauche, maladroit, fragile – passé qui plus est en coup de vent… De l’air. Quel soulagement!

Tout Saint Supplice ayant une fin, «obtenir un [FIL] retors uniforme et à l’épaisseur à peu près régulière [est effectivement] une tâche extrêmement difficile, [surtout] en raison de l’inégalité des fils constituants.»

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