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RIDM: le film suisse « Bouton » prix du public

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ARTS | CINÉMA / gary.drechou@gmail.com

Johana Bory a gagné le coeur des Montréalais (et, avec sa marionnette, coiffé toute une brochette au poteau). Bouton, le petit bijou de Res Balzli qui lui est consacré, vient en effet de remporter le prix du public aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal… Bravo, bravo, bravo.

Si vous vous y laissez aller, les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) « vous plume[nt], vous rince[nt], vous essore[nt] », un peu comme le voyage pour Bouvier, mais sans bouger. Une captivante machine à voir (ou à démonter) le temps sur grand écran. Je n’ai pas eu (précisément) le temps souhaité pour m’adonner tout entier à ces rencontres, mais j’y suis quand-même allé aussi souvent que possible.

Il fallait tout d’abord noter la remarquable présence suisse, avec trois longs métrages (sur une vingtaine au total) en compétition internationale, plus un en coproduction: Still Jacket, de Ramòn Giger, Vol spécial, de Fernand Melgar, Bouton, de Res Balzli, et Rouge parole, de Elyes Baccar. Seule la France faisait mieux, avec quatre longs métrages en compétition, plus un en coproduction. La Suisse était aussi représentée dans la catégorie courts et moyens métrages par Au revoir Mandima, de Robert-Jean Lacombe, ainsi que dans la section « Contre-courant » par Darwin, de Nick Brandestini, et Sira – Une chanson du croissant de lune, de Sandra Gysi et Ahmed Abdel Mohsen.

J’ai assisté vendredi à la deuxième projection de Bouton, en présence du réalisateur, Res Balzli, mais aussi de la mère et du frère de Johana Bory, dont c’était le tout premier voyage en Amérique du Nord. Un moment bouleversant. La maman de Johana a expliqué avoir décidé de venir et prévenu son employeur à la toute dernière minute, après avoir rêvé que sa fille, emportée par le cancer en 2010, l’y enjoignait. À la fin de la projection, devant une salle très « émotionnée », Res Balzli a expliqué que le film avait bénéficié d’une belle diffusion en Suisse, au printemps, mais que cela n’avait « pas été un gros succès ». Souhaitons que ce Prix du public montréalais redonnera du souffle à cette première oeuvre, et, d’une certaine façon, fera vivre Johana un peu plus longtemps. Le documentaire est disponible en DVD sur Artfilm.ch.

Parmi les films québécois et/ou canadiens, j’en ai retenu trois qui pourraient avoir un parcours européen.

Inside Lara Roxx, de Mia Donovan (présenté samedi en France dans le cadre du festival Cinéma du Québec à Paris): « chronique sans artifice de la descente aux enfers d’une actrice porno montréalaise ayant contracté le VIH sur tournage. »

Malgré le thème du film et une campagne de promotion qui peuvent sembler raccoleurs, cette première oeuvre de Mia Donovan n’est pas voyeuse. Le spectateur entre certes dans le vif de Lara Roxx et dans les coulisses de l’industrie de la pornographie, mais il passe surtout cinq ans sur le vif – et je pèse mes mots – avec Pascale (de son vrai prénom). C’est l’histoire d’un lien entre deux êtres humains (la cinéaste et son « sujet » ou le « sujet » et sa cinéaste) – un peu dans la veine de Ryan’s Renaissance, le film de Laurie Gordon sur Ryan Larkin, présenté l’an dernier dans le même cadre – en même temps que l’histoire d’une lente et douloureuse résilience…

Les États-Unis d’Afrique, au-delà du hip-hop, de Yannick Létourneau (Prix de la critique et de la Cinémathèque québécoise): « en compagnie du rappeur sénégalais Didier Awadi, un voyage passionnant au coeur du combat pour l’indépendance et l’unité africaine. »

Contrairement à ce que peut laisser penser le titre, il s’agit d’abord d’un film sur la musique, son pouvoir et ses limites. L’au-delà mentionné est plus discutable: il a eu le mérite, dans le cadre du fesival, de servir de préambule à une passionnante discussion sur le panafricanisme, le « maâtérialisme historique » et les « minableries » de Nicolas Sarkozy dans son discours de Dakar, en 2007.

The Future is Now!, de Jim Brown et Gary Burns: « essai ludique sur l’optimisme, mettant en vedette Paul Ahmarani (Congorama) en cynique, Sartre ressuscité, et divers artistes et penseurs. »

Pas un grand film de mon point de vue, mais sûrement un film qui fait du bien. Un hommage en coin à La vie commence demain, de Nicole Védrès (France, 1949).

Enfin, si vous avez le goût, je vous recommande les quatre films suivants.

The Last Buffalo Hunt, de Lee-Ann Schmitt (États-Unis): « une chasse au bison qui attire les touristes et donne l’occasion d’un examen brillant du mythe américain. »

Bielutine dans le jardin du temps, moyen métrage de Clément Cogitore (France, 2011): « une visite passionnante dans une des collections d’art privées les plus étonnantes au monde. »

Flying Anne, court métrage de Catherine Van Campen (Pays-Bas, 2010, Prix du meilleur court métrage international): « Anne, un ange blond de 11 ans, est atteinte du syndrome de la Tourette. »

The Forgotten Space, de Noël Burch et Allan Sekula (Pays-Bas, 2010): « film essai d’une ampleur et d’une intelligence rare sur les excès du capitalisme mondial. »

[Initialement publié sur le blogue Reb(((o)))nds]

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