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« Docteur ès diversités »: Atout maître des décideurs en éducation?

ÉDUCATION | SOCIÉTÉ / gary.drechou@gmail.com Depuis 2007, les décideurs du monde éducatif peuvent faire leurs classes en gestion de la diversité à l’Université Simon Fraser. Les inscriptions pour la troisième cohorte du Doctorat en leadership éducationnel, premier du genre offert en français dans l’Ouest canadien, sont ouvertes jusqu’au 15 juillet. Une formation exigeante et coûteuse mais bienvenue, alors que les détenteurs de postes clés, pas toujours bien outillés, sont tenus de valoriser une pluralité culturelle florissante au sein de leur communauté.

Qu’ils travaillent directement dans le système éducatif, ou indirectement dans des fonctions reliées, les candidats à l’admission doivent avoir complété une maîtrise, démontrer une aptitude au leadership reconnue et justifier d’une performance académique de haut niveau.

L’ambition est de faire émerger des chefs de file éclairés, mieux préparés à relever les défis que rencontrent les organisations face à l’exercice de la gouvernance en contextes de diversité, particulièrement en milieu minoritaire francophone. «Nous leur donnons des outils pour qu’ils puissent devenir de véritables agents de changement dans leur communauté», précise Diane Dagenais, professeure responsable du programme.

L’acquisition des compétences interculturelles passe notamment par l’étude des théories et des pratiques liées au leadership, la mise en contexte dans le cadre des politiques éducationnelles et la conception d’applications.

Au terme de leur cycle de cinq cours, qui s’échelonne sur cinq semestres consécutifs à raison de 65 heures par semestre, et après avoir passé leur examen de synthèse et soutenu leur thèse, ces «docteurs ès diversités» doivent être aptes à mettre sur pied des initiatives ou des programmes et à contribuer à la recherche dans leur domaine.

La diversité, enjeu d’école en milieu minoritaire francophone

À l’échelle de la province, et rien qu’au niveau scolaire, ce sont près de 5100 élèves originaires de plus d’une soixantaine d’ethnies et parlant à la maison plus d’une dizaine de langues qui fréquentent les classes de la maternelle à la 12e année des 37 écoles publiques de langue française, selon le dernier rapport annuel du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF)… ce qui en fait l’un des conseils les plus diversifiés culturellement au Canada français!

Or, si les autorités se sont fermement engagées à reconnaître et à valoriser cette pluralité culturelle et linguistique, depuis le rapport A Legacy for Learners de la Commission royale sur l’éducation (1988) jusqu’au document-cadre La diversité dans les écoles de la Colombie-Britannique du Ministère de l’Éducation (2004), les quelque 900 personnes à l’emploi du CSF et plus généralement les professionnels de l’éducation qui doivent composer avec la mosaïque culturelle au quotidien ne se sentent pas toujours bien outillés.

C’est le constat qu’ont fait Diane Gérin-Lajoie et Marianne Jacquet (enseignante au programme) dans une série d’études publiées en 2008, pointant au moins trois lacunes: les décideurs ne connaissent pas toujours le détail des politiques évoquées plus haut (qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement adaptées aux milieux scolaires francophones), ils manquent souvent de temps pour se consacrer à la réflexion sur ces questions et il n’existe pas de formation critique systématique sur les enjeux de la diversité en éducation.

Une formation sur mesure, mais exigeante et coûteuse

On comprend mieux dès lors le besoin auquel peut répondre un programme professionnel comme celui de la Faculté d’éducation de l’Université Simon Fraser. Proposé sur le mode hybride, combinant cours en ligne et présences obligatoires, il tient compte de l’horaire chargé de ses clients. Les livres, achetés par la Faculté, peuvent ainsi être livrés à domicile en 48h, et les repas qui doivent être pris sur le campus sont pris en charge.

Autre atout: la structure en cohortes, ou petits groupes de 10 à 20 personnes, favorise l’émergence d’une communauté d’apprentissage et les échanges entre collègues. Abdoulaye Yoh, directeur de l’administration et des finances de l’Institut français de l’Université de Regina et étudiant de la cohorte 2011, l’exprime ainsi: «C’est une aventure humaine, enrichie par l’esprit de camaraderie et par la grande diversité d’expérience qu’apportent les étudiants et étudiantes.»

Mais l’«aventure» ne doit surtout pas être prise à la légère. En totalisant les cours, l’examen de synthèse et le travail de soutenance de thèse, l’obtention du doctorat requiert en moyenne 12 semestres, soit au moins 4 années. Par ailleurs, même si des aides peuvent être obtenues, il en coûte environ 45 000 $ pour décrocher le graal… Danielle Arcand, directrice adjointe du Bureau des affaires francophones et francophiles, ne cache pas que plusieurs étudiants abandonnent en cours de route: sur la quinzaine d’admis de la première cohorte, seuls quatre ont pour l’instant soutenu leur thèse. «Ça ne se fait pas en criant ciseaux! C’est un travail assidu, de longue haleine, mais qui en vaut la peine», confie Carole Massé, ancienne directrice de l’École Rose-des-vents et étudiante de la cohorte 2010, dans un témoignage audio disponible en ligne.

En matière de gestion de la diversité, les décideurs en éducation ont donc une carte maîtresse à jouer… mais elle se mérite!

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