Canada/La Source

Mois du patrimoine asiatique: La presse chinoise à la Une

À LA UNE / gary.drechou@gmail.com

À l’occasion du Mois du patrimoine asiatique, La Source est allée à la rencontre du Sing Tao et du World Journal, quotidiens de langues chinoises ancrés en Colombie-Britannique depuis 1983 et 1992. Sur le papier, avec le Ming Pao et le Epoch Times, ces journaux se partagent les faveurs des plus de 400 000 immigrants chinois ayant choisi Vancouver pour port d’attache. Comment se positionnent-ils dans cette mosaïque au sein de la mosaïque, dont les membres parlent mandarin ou cantonais, mais aussi anglais et parfois français ? De quelles façons anticipent-ils l’avenir ?

«Nous ne sommes pas pessimistes», lance d’emblée Victor Ho, rédacteur en chef de l’édition britanno-colombienne du Sing Tao, qui atteint chaque semaine 182 000 lecteurs, la plupart parlant cantonais. Édité par le Sing Tao Group de Hong Kong, son journal publié 7 jours sur 7, 365 jours par année, a fêté son 30e anniversaire en 2013.

«Les journaux de langues chinoises ont un lectorat plus vieux que la moyenne… La majorité de nos abonnés sont en effet des immigrants de Hong Kong, de Chine continentale, de Taïwan et de Macao qui ont aujourd’hui la cinquantaine, la soixantaine et au-delà», observe-t-il. Certains lisaient déjà l’édition historique du Sing Tao, fondée en 1938 à «Port aux Parfums», avant de feuilleter la parenté de l’Ouest canadien. D’autres ont rejoint les colonnes sur le tard.

Ken et Yvonne Chow, arrivés de Canton et de Hong-Kong dans les années 1950, ont commencé à acheter le Sing Tao dans leur épicerie de quartier en déménageant de Prince George à Victoria, il y a cinq ans. Tout deux octogénaires et parlant parfaitement anglais, ils apprécient de lire à nouveau dans leur langue natale. «C’est une connection culturelle», explique leur fille, Kim Chow, responsable de marchés chez Real Properties. «Mes parents ont aussi le sentiment d’en avoir plus pour leur argent, grâce à cette gazette deux fois plus épaisse que les grands quotidiens et à son contenu éditorial et publicitaire ciblé sur leurs besoins.» Ken Chow s’attarde ainsi sur les unes et les nouvelles économiques de Chine, alors qu’Yvonne Chow s’intéresse davantage aux suppléments magazine. Les annonces des restaurants chinois de la région retiennent également leur attention… «Comme beaucoup de membres de la diaspora chinoise, mes parents aiment bien manger», confie Kim Chow avec humour.

À la différence du Sing Tao, le World Journal a quant à lui ses racines historiques à Taïwan: ses 40 000 copies distribuées chaque jour aux quatre coins de la Colombie-Britannique s’adressent à la vaste majorité d’immigrants chinois parlant le mandarin. Mais comme le Sing Tao, le World Journal a un noyau de lecteurs vieillissant.

À l’ère numérique souvent décrite comme celle de tous les dangers pour la presse papier, c’est évidemment, aux yeux des éditeurs, un gage de fidélité. «Nos abonnés sont attachés au papier, à son odeur, à son toucher, ainsi qu’à une certaine hiérarchisation de l’information… Cela les rassure. Ils ont leurs repères dans nos pages, qu’ils ne trouveront probablement jamais en ligne», relève Victor Ho. Même constat du côté de Yuan Ho, responsable des assignations pour l’édition vancouvéroise du World Journal, qui soigne d’ailleurs sa «mise», plus conservatrice.

Si on passe leur contenu éditorial à la loupe, on constate que les deux quotidiens cultivent méticuleusement leur ancrage régional. Les lecteurs du Sing Tao peuvent ainsi compter sur une équipe de proximité composée de 30 personnes et «plus de 80%» de la couverture dédiée aux actualités du Grand Vancouver. «Même dans nos sections consacrées aux actualités chinoises, nous tentons toujours de trouver un angle ou un écho local», précise Victor Ho. Le World Journal, qui consacre beaucoup d’espace aux actualités chinoises et internationales, a également étoffé la section locale, à laquelle sont aujourd’hui affectés huit journalistes. «Nous avons accompagné nos lecteurs dans les différentes étapes de leur intégration comme immigrants et notre contenu s’est naturellement adapté à leurs réalités», note Yuan Ho.

Reste que le fossé générationnel est bien réel et que certains lecteurs quittent le navire. Penny Zhao, 33 ans, conseillère en sécurité financière à la London Life, avait l’habitude de lire les quotidiens chinois dans les transports en commun, du temps de sa scolarité, mais a progressivement délaissé le papier au profit de plateformes en ligne telles que 6park. «Sur un seul portail, j’accède gratuitement à toute l’information que je recherche en temps réel, avec une multitude de forums de discussions et des sources variées… Pourquoi irais-je acheter l’un de ces journaux?»

Face à ce défi, le Sing Tao et le World Journal jouent les équilibristes, tentant de conquérir un nouveau public tout en ménageant leur lectorat traditionnel. «Bien sûr, nous essayons de rendre le Sing Tao plus attractif pour les jeunes, en intégrant par exemple davantage de photos et de plus grand format dans nos pages, mais ce n’est pas facile», admet Victor Ho. Pour Yuan Ho, l’effort est à chercher du côté des choix de sujets: «Nous parlons de plus en plus de produits électroniques, par exemple, ainsi que d’autres sujets qui ont le potentiel d’intéresser les jeunes.»

Au-delà, pour toucher le plus grand nombre d’immigrants chinois, les éditeurs des deux quotidiens déploient des stratégies multimédias. Outre la mise en ligne de plateformes thématiques telles que ccue.ca et dushi.ca ou encore le lancement de la chaîne de radio A1, le Sing Tao Group a ainsi mis sur le marché le Canadian City Post, un hebdomadaire gratuit en caractères chinois simplifiés, qui vise les nouveaux arrivants parlant le mandarin. Et pour consolider son assise au sein des familles de la classe moyenne, le Sing Tao compte sur ses quatre suppléments magazine hebdomadaires, encartés gratuitement dans le journal: «Smart Parents» le mercredi, «Property Guide» le jeudi, «Sing Tao Weekly» le samedi et «Star Magazine» le dimanche. Un petit nouveau a même vu le jour plus tôt cette année: «City Style», publié un vendredi sur deux, qui s’adresse aux foyers plus aisés.

Ces nombreux suppléments présentent l’avantage d’offrir aux annonceurs beaucoup d’espace publicitaire et aux lecteurs un véritable répertoire. «Nous nous positionnons comme un guide de Vancouver», précise Victor Ho, qui vante également «la botte secrète» du Sing Tao: les petites annonces. «Vous ne pouvez pas mettre en ligne des dizaines de pages de petites annonces, alors n’importe quel immigrant chinois qui cherche quelque chose à Vancouver achète le journal à un moment donné et parcourt nos suppléments. J’ai moi-même trouvé ma maison à Richmond en passant par les annonces classées du Sing Tao

Du côté du World Journal, on met notamment de l’avant le site internet worldjournal.com, avec ses 146 000 clics quotidiens, et l’hebdomadaire gratuit WJVancouver Chinese News, qui s’écoule chaque vendredi à 60 000 exemplaires. Mais on est plus sobre en matière de suppléments, misant essentiellement sur le «Regimen & Beauty Weekly» et le «World Journal Sunday Weekl». «Nous sommes peut-être un peu plus sérieux dans nos suppléments, qui restent dans l’esprit du journal… nous jouons peu la carte paparazzi», conclut en souriant Yuan Ho.

La presse chinoise se porte donc plutôt bien à Vancouver, et La Source est fière de mettre ce patrimoine «d’encre, de papier et de liens» à l’honneur. Pour l’anecdote, Victor Ho et Yuan Ho ont tout deux un fils parlant français qui se chargera de la traduction en cantonais et en mandarin… Vive la diversité!

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